A propos du film sur l’autisme: « SNOW CAKE » par Christine Philip, Professeur à l’INS HEA
Après le grand film « Rain Man », un film canadien réalisé par Marc Evans : « Snow Cake », sorti en janvier dernier sur les écrans, montre la rencontre entre une personne autiste et une personne non-autiste en plein hiver à Wawa, en Ontario. Dans ce film superbement interprété, un quinquagénaire plutôt introverti prend en stop une jeune femme, Vivienne, qui se rend en visite chez sa mère. Elle meurt brutalement dans un accident de voiture tandis que son chauffeur Alex, l’homme qui l’a prise en stop, s’en sort sans blessure mais traumatisé puisqu’il se trouve malgré lui impliqué dans cet accident. Même s’il n’est pas vraiment fautif, c’est lui qui était au volant et la jeune femme est décédée alors que lui s’en est sorti indemne.
Il décide alors de rencontrer la mère de cette jeune fille, sans doute pour soulager sa grande culpabilité. C’est ainsi qu’il se retrouve chez cette mère qui est une femme autiste habitant seule, en toute autonomie. Elle a un authentique fonctionnement autistique même si elle parle… Dans le « spectre autistique » elle est plus proche de l’extrémité haute. L’image renvoyée ici de l’autisme est celle d’une personne capable de vivre seule en toute autonomie, malgré ses bizarreries de fonctionnement, ce qui renvoie à une nouvelle conception de l’autisme, non stigmatisante.
On assiste alors à la rencontre de ces deux personnages qui ne sont pas faits pour se comprendre. Et dans cette rencontre, force est de constater que c’est la personne non-autiste qui se trouve la plus en difficulté, car non seulement il y a ce traumatisme et cette grande culpabilité par rapport à l’accident qui a fait disparaître la jeune fille, mais encore il y a cette rencontre complètement déroutante avec cette femme autiste qui n’a pas du tout le comportement attendu d’une mère en pareille circonstance… Elle ne manifeste en effet aucune émotion apparente et elle accueille très bien cet homme, à sa façon et avec ses bizarreries, notamment celle qui consiste à se rouler dans la neige dans le jardin et même de la consommer, sous le regard amusé de sa voisine, qui a pris l’habitude de ces comportements et qui propose son aide dans sa vie au quotidien. Peut être qu’en France on aurait déjà appelé la psychiatrie pour la faire enfermer ?
Ainsi cet homme qui pensait seulement passer voir cette femme pour soulager sa culpabilité est invité à rester. Elle lui présente cette invitation comme une évidence et il ne se sent pas la force de la refuser. Il se trouve donc « pris au piège » et ne peut qu’accepter. Il lui doit bien cela après ce qui s’est passé. Il est donc mis à l’épreuve de devoir vivre quelques jours aux côtés de cette personne étrange dont il doit respecter toutes les habitudes et les rituels qui jalonnent son existence très « réglée ». C’est ainsi qu’il apprend petit à petit comment on vit « en pays autiste », comme dirait Jacques Constant… Il finit par s’attacher à cette femme, apparemment sans sentiments et sans émotions dont la vie est remplie de ces bizarreries qu’il apprend à respecter car elle est chez elle et les impose à son visiteur…
L’homme finira par partir, non sans mal, et laissera dans le frigidaire un cadeau à son hôte : un « gâteau de neige » (snow cake) puisqu’il a compris que c’est cela qui lui fera le plus plaisir… Ce cadeau est symbolique, il est le témoignage de sa compréhension et de son respect pour cette femme pas comme les autres.
Ce film plutôt « intimiste », sans beaucoup d’action, au contenu psychologique, est remarquablement interprété, tout en finesse. Ce qu’on y voit c’est cette rencontre de deux personnes mais aussi de deux univers « autiste » et « non autiste » avec tout ce qui les sépare : leurs façons différentes de réagir au monde et aux événements… Ce qui est malgré tout positif dans ce film, c’est que cette rencontre au départ impossible finit par aboutir, à l’initiative de la personne non autiste, qui abandonne petit à petit ses préjugés et qui fait un effort pour entrer dans le « monde autiste » en acceptant ses coutumes… Cet homme ordinaire fait preuve de beaucoup d’empathie pour comprendre cette femme qu’il ne juge pas. Peut être le drame qu’il vient de vivre et qui l’a mis lui-même dans un état second, facilite-t-il ce rapprochement ?
Il repart malgré tout apaisé mais aussi transformé après ce séjour et cette étrange rencontre à laquelle il ne s’attendait pas. Il est intéressant de constater que de cette rencontre c’est le non-autiste qui ressort transformé. Quant à la mère autiste, elle poursuit sa vie sans les visites de sa fille…Ce n’est pas qu’elle n’aimait pas sa fille comme des personnes normales auraient tendance à le penser en considérant ses réactions, elle est seulement dérangée dans ses repères habituels… Elle avait l’habitude de voir sa fille à certains moments, elle l’attendait et on comprend qu’elle est « déroutée » que les choses ne se passent pas comme « prévues ». Quelque chose lui manque dans son cadre habituel qui est perturbé…Ce qui n’a rien à voir avec la souffrance affective d’avoir perdu sa fille. A cela elle semble tout à fait étrangère…
Ce film m’apparaît très révélateur de la nouvelle conception de l’autisme qui se diffuse en ce moment et qui se traduit dans ce film canadien qui a eu très peu d’échos en France pour le moment… L’autisme y apparaît seulement comme une autre façon de fonctionner et d’être au monde et non comme un trouble psychiatrique, comme il a été considéré pendant très longtemps…
Page modifiée le 6/9/2010
|
